Tunisie Italie, si lointaines, si proches
Kelibia - 2 Août 2014
Dans ce bassin où jouent
Des enfants aux yeux noirs,
Il y a trois continents
Et des siècles d’histoire …

Plage du Petit Paris - Kelibia
Distinguez-vous une forme montagneuse, sur l’horizon, au centre de la photo ci-dessus, estompée par une brume conjointement maritime et numérique ?
Cette montagne au milieu de la mer est l’île italienne de Pantelleria / Pantiddirìa.
Ici, au nord-est de la Tunisie, à l’instar des eaux du canal de Sicile, deux univers voisins s’entremêlent.
Le nom de ce territoire italien vient de l’arabe Bint al-Riyāḥ, la fille des vents. Il est situé à 70 km de la côte tunisienne et est parfaitement visible du Cap Bon lorsque la météo s’y prête.
Quelque part au milieu de l’image, en pleine mer, passe la triste limite sud de l’espace dit Schengen. Ces flots paradisiaques et ceux plus au sud autour de l’île cousine de Lampedusa sont devenus un calvaire et même un cimetière pour les candidats toujours plus nombreux à l’émigration. Partis de Tunisie, de Libye et aussi d’Afrique subsaharienne, les “brûleurs” tentent de rejoindre l’Europe et son opulence dans des embarcations de fortune payées au prix de la business class aérienne auprès de passeurs, véritables trafiquants modernes d’esclaves.
Non loin, à El Haouaria, à l’extrémité du Cap Bon, par nuit claire, on distingue aisément les lumières de la côte sud-ouest de la Sicile. Marsala / Mars al-Allah / le port de Dieu - où débarquèrent en 1860 les milles chemises rouges de Garibaldi parties de Bergamo / Bergame - ainsi que Porto Empedocle - Vigata dans les romans d’Andrea Camilleri - semblent à portée. Le commissaire Montalbano rode à quelques encablures.
Les radios italiennes s’écoutent sans difficulté dans tout le Cap Bon. Radio 24 indique un bouchon sur la tangenziale de Milano / Milan, mais reste muette au sujet des rues encombrées du cente de Kelibia. Souvent, sur le littoral, les téléphones accrochent le signal des opérateurs transalpins.
Le dialecte tunisien s’orne des langues de Dante et de Pirandello. À table, on utilise une fourguitta. On pêche et on mange de délicieux scombri. Dans les cafés, on peut boire des capucins et jouer à la scopa / chkobba.
Cette photo, avec un peu d’imagination et d’optimisme, laisse entrevoir un monde - le mien, le votre sûrement, le notre j’espère - fait de plusieurs cultures connexes, de nombreuses relations et de peu de barrières.
Ce monde, l’histoire et beaucoup trop d’hommes s’ingénient à le fracasser. À trois heures de route d’ici, des barbares à poil long tentent, par les armes et la terreur, d’imposer leur façon d’être et de croire. Une heure d’avion plus au sud et aussi trois heures plus à l’est, les vers de Georges Moustaki sont, tragiquement, toujours actuels.
Il y a des oliviers
Qui meurent sous les bombes
Là où est apparue
La première colombe,
Des peuples oubliés
Que la guerre moissonne.
Fort heureusement, la géographie et d’autres hommes - en pratique, d’ailleurs, surtout des femmes - refusent l’isolement fratricide et, tels Sisyphe, remettent obstinément sur le métier notre monde rêvé et connecté.
Il y a un bel été
Qui ne craint pas l’automne,
En Méditerranée …
Marenostrument votre
|
Les vers reproduits dans ce chapitre sont extraits de la chanson En Méditerrannée de Georges Moustaki. Quelques éléments italiens ou siciliens dans la chickchoucka linguistique tunisienne :
|