La révolution de Tunisie vue de Grenoble, un an après

15 Janvier 2012

Il y a exactement un an, la Révolution de Tunisie était vieille d’une journée.

Même si votre serviteur était en France et hélas pas à Tunis, une révolution n’était plus un événement historique ou journalistique mais un bouleversement concret nous touchant personnellement.

Nous étions samedi. La journée entière, comme la soirée précédente du désormais fameux 14 janvier 2011, ma petite famille et moi sommes restés collés aux écrans d’Internet et de la télévision. Plusieurs fois, anxieux, nous avons téléphoné à nos parents sur l’autre rive de la Méditerrannée.

Nos sentiments étaient mitigés : bien sur la joie de la chute de la dictature, mais aussi la crainte créée par une nuit de pillage et les nombreuses mentions de snipers ainsi que l’incertitude du vide politique des premières heures.

Ce matin là, j’ai acheté tous les quotidiens français qui, sans exception, titraient sur la fuite inattendue de Ben Ali. Ensuite, j’ai brandi fièrement chez le boucher Libération où le mot liberté en arabe et en français encadrait une jeune tunisienne portant une pancarte avec le slogan dégage. L’envie de partager cet événement était irrésistible.

Toute la semaine, les nouvelles de Tunisie avaient été mauvaises. La répression orchestrée par le régime de Ben Ali faisait de nombreuses victimes et la fin, voire même la réforme, du pouvoir en place paraissaient impossibles. Inquiétude et indignation étaient fortes même si notre famille était saine et sauve.

Un peu pour conjurer la peur, mais aussi pour donner le plus possible d’informations, chaque soir, j’envoyais un mail à notre famille française, nos amis et nos connaissances en Europe. À ma grande surprise, le sort de la Tunisie suscitait beaucoup d’émotion au Nord de la Méditerranée. Notre téléphone ne cessait de sonner. Une cinquantaine de personnes recevaient et réagissaient à mes messages quotidiens. Ces superbes témoignages d’intérêt et d’amitié ne sont pas prêts d’être oubliés.

Le 12 janvier, à défaut d’une action concrète, nous étions, en famille, allé manifester au centre ville de Grenoble. Un rassemblement, dérisoire et sans risque par rapport à ceux de Tunis, regroupait 300 personnes. Pour la première fois de ma vie, j’ai chanté - soyons honnête, fredonné - en public un hymne national.

Je me souviens aussi avoir découvert durant ces journées intenses Twitter. Beaucoup de personnes y relayaient des informations et des images.

J’ai ainsi fait la connaissance virtuelle de Majdi @MajdiKhan, acteur et témoin très fiable. Son tweet posté le 14 janvier après-midi près du ministère de l’intérieur est inoubliable : je n’ai plus peur, je ne reculerai pas.

Plus tard, nous avons suivi, angoissés, son retour à pied chez lui malgré le couvre-feu. Un mois et demi plus tard, nous faisions sa connaissance bien réelle à Tunis.

Sur les écrans, la scène la plus forte de la Révolution de Tunisie restera Maître Aouini hurlant la liberté nouvelle au milieu d’une avenue Bourguiba désertée. Cette tirade improvisée possède la même force que le célèbre Paris brisé de Charles de Gaulle.

Fin février 2011, nous nous sommes rendus à Tunis pour un mariage mais aussi pour humer la nouvelle atmosphère. L’émotion fut à son comble quand passant devant une manifestation, nous nous sommes arrêtés pour nous mêler à elle. L’impensable était devenu réalité palpable …

Révolutionnairement votre